Œil ivre

UNDERGROUND

Création 2020

© Vincent Beaume
© Vincent Beaume

Underground est un solo chorégraphique et sonore qui se joue en extérieur.
C’est une pièce sur la mémoire des lieux, des paysages, une tentative de surgissement du vivant présent sous nos pieds.
Tout commence autour d’un trou: un homme est planté là, la tête entièrement enterrée.
C’est un corps sans tête, à la présence trouble: ici et ailleurs à la fois.
Il bouge comme si rien ne le gênait de ce monde à l’envers.
D’ailleurs est-ce bien lui qui est à l’envers ?

Underground, c’est une inversion du corps pour un retournement du regard,
une manière de disparaître pour se rendre plus visible,
un cri calme et muet : jusqu’où sommes-nous prêt à refuser de voir ce qui se passe sous nos yeux ?

Underground  peut être jouée dans tout espace extérieur (parc, plage, jardins, etc.).

Création les 26 et 27 juin 2020 à Châteauvallon, scène nationale d’Ollioules

Conception, interprétation, texte : Romain Bertet
Texte et dramaturgie : Samuel Gallet
Régie et création son : Eric Petit
Complicité artistique et regard extérieur : Vivianne Balsiger

Durée : 30 min

Production : L’Œil ivre / Coproduction : ZEF scène nationale de Marseille, La Maison, CDCN Uzès Gard Occitanie / Résidences de création : Le ZEF, scène nationale de Marseille, Châteauvallon-Liberté, scène nationale, La Maison, CDCN Uzès Gard Occitanie.

© Vincent Beaume
© Vincent Beaume
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LA PRESSE

Article Le Monde publié le 10.09.2020

Romain Bertet, danseur souterrain

Pour sa pièce «Underground», présentée à Paris, le chorégraphe s’enfouit la tête dans le sol

DANSE

Le danseur et chorégraphe Romain Bertet se prendrait-il pour une taupe ? Sa nouvelle pièce intitulée Underground, à l’affiche vendredi 11 et samedi 12 septembre, du festival Indispensable ! de l’Atelier de Paris, le met en scène la tête enfouie pleine terre. Planté, Romain Bertet ? Jusqu’au cou et encore davantage. « J’aime creuser, fouiller, gratter, s’exclame-t-il. J’aime les sous-sols et les souterrains. Evidemment, dépasser la croûte terrestre est angoissant mais il est plus facile finalement d’y descendre que d’en remonter, même si quand je sors, je vis une sorte de renaissance. Il arrive tellement de choses sous terre ! »
Si on n’a aucun doute sur la vie des racines, on en a encore moins sur l’angoisse de s’enterrer vivant pendant plus de trente minutes. Une semaine avant la première de la pièce, Bertet, 39 ans, installé près de Toulon avec sa compagnie L’Œil ivre, créée en 2015, a repris l’entraînement dans les champs où il a conçu ce solo en quatre semaines.

« L’idée est née en 2017 lors d’une performance au Musée d’art de Toulon et a pris de l’importance, dit-il. C’est très intense de se retrouver la tête dans le trou et de ne pouvoir bouger que les jambes et les bras. Il ne s’agit pas d’être claustro. Je n’ai pas vraiment de vision là où je suis et je dois surtout veiller à garder mon calme car la poussière assèche vite la bouche. » Il reconnaît quelques minutes plus tard que l’affaire ne s’est pas concrétisée du jour au lendemain. « Avant de réussir à rester sous terre, j’ai passé quelques nuits à cauchemarder. Et puis, un matin, je me suis levé et j’y suis allé. »
Et hop ! Un petit poirier, histoire de mettre sens dessus dessous les tripes et le paysage. Une seule rotation et c’est l’homme qui porte le monde ! Mais quelles raisons peuvent bien pousser ce chorégraphe apparemment calme à se mettre à marcher sur la tête ? « Je ne peux pas m’en empêcher, reconnaît Bertet. Une fois que j’ai une idée de spectacle, j’ai un plaisir artistique à la réaliser, à la faire advenir en allant jusqu’au bout. Quant à la question du souterrain et celle de

la matière, elles sont récurrentes dans mon travail.»

« Une fusion avec la nature »

Première des trois pièces mises en scène par Romain Bertet, De là-bas (2016), qui a exigé trois ans de gestation en complicité avec le plasticien Barbu Bejan, l’incrustait dans une énorme maison en argile de 700 kilos qui finissait par l’avaler. Besoin de faire corps avec la matière ? De l’affronter ? D’y disparaître ? « Je suis obsédé par le rituel comme réceptacle de l’imaginaire et possibilité de transformation, explique-t-il. Sans doute, mes études d’anthropologie expliquent-elles en partie cette fascination. Je cherche une fusion avec la nature, une présence forte, brute, primitive au monde. » Pas question pour autant de vanter « l’exploit pour l’exploit » même s’il reconnaît aimer « jouer avec les limites, les frontières et le risque ».
Enfant, ce fils d’architecte, dont il a sans doute hérité de « la passion du sous-sol », et d’une mère danseuse, qui s’occupe aujourd’hui de jeunes autistes, rêvait de devenir archéologue.

Il découvre la danse à l’âge de 23 ans et collabore comme interprète avec Maguy Marin. Entre 2010 et 2014, il plonge dans la pièce emblématique de ma chorégraphe, May B, pétrie dans l’argile. Dans la foulée, il crée la performance Feldspath, dans laquelle il se recouvre le visage de terre.
« Mais plus que le tragique, j’aime l’absurde et le burlesque », précise-t-il. Il cite Buster Keaton et Samuel Beckett, évoque Winnie d‘Oh les beaux jours, enterrée jusqu’à la taille. Sauf que, chez lui, c’est la tête qui trinque d’abord. « C’est toujours étrange un visage, non ? C’est le lieu de l’humanité, de l’identité. Que reste-t-il de la personne lorsqu’elle disparait ? Qu’est-ce qu’on reconnait d’un homme lorsque l’on ne voit plus son visage ? » Réponse dans Underground.

ROSITA BOISSEAU

Underground, de et avec Romain Bertet. Les 11 et 12 septembre, à18h30. Au Parc floral, avec l’Atelier de Paris, 2, route du Champ-de-Manœuvre, Paris 12e. Gratuit.